Sommaire
- Introduction
- Jeune arbre et arbre déjà formé : de quoi parle-t-on exactement ?
- Croissance et vigueur : mythe et réalité sur le “gain de temps”.
- Mise à fruit : produit on vraiment plus vite avec un arbre formé ?
- Taille et conduite : construire l’arbre ou s’adapter à une forme imposée
- Est-ce difficile de former un jeune arbre ?
- L’avis du producteur : ce que montre l’expérience de terrain
- Conclusion
Introduction
Lorsqu’on souhaite planter un arbre fruitier, une question revient très souvent : faut-il planter un arbre fruitier jeune ou un arbre déjà formé ?
L’arbre le plus grand paraît souvent plus rassurant. Il donne l’impression d’un arbre plus solide, déjà structuré, et parfois même d’une production plus rapide.
Un jeune arbre et un arbre fruitier déjà formé ne se comportent pas de la même manière après la plantation. Les différences portent notamment sur la reprise, l’équilibre entre les racines et la partie aérienne, la facilité de conduite, la capacité de l’arbre à s’adapter durablement à son environnement.
Dans cet article, nous allons comparer ces deux options de manière concrète, en nous appuyant sur des observations de terrain et sur les principes de la culture fruitière bio. L’objectif est de vous aider à faire un choix cohérent pour votre jardin, en tenant compte du fonctionnement naturel de l’arbre et de sa croissance sur le long terme…
Jeune arbre et arbre déjà formé : de quoi parle-t-on exactement ?
Avant de comparer les avantages et les limites de chaque option, il est important de bien définir ce que l’on entend par jeune arbre fruitier et par arbre déjà formé.
Jeune arbre fruitier
Un jeune arbre fruitier est généralement un scion racine nues greffé âgé d’un an, parfois de deux ans. Il se présente sous la forme d’un tronc unique, avec peu ou pas de ramifications. À ce stade, la structure de l’arbre n’est pas encore construite : elle se formera dans les années qui suivent la plantation, par la taille et la conduite.
Lorsqu’il est vendu à racines nues, le jeune arbre a été cultivé en pleine terre, dans des conditions proches de celles qu’il rencontrera ensuite au jardin. Son système racinaire est bien réparti, proportionné à la partie aérienne, et n’a pas été contraint par un contenant. Cette configuration favorise une reprise rapide après la plantation et une bonne adaptation au sol.
Le jeune arbre demande un peu plus de patience et de soins au départ, mais il offre une grande souplesse pour choisir la forme de l’arbre et l’accompagner dès ses premières années.
Arbre fruitier déjà formé
Un arbre fruitier déjà formé est un arbre plus âgé, ayant généralement plusieurs années de culture. Sa structure est déjà en place : il possède des charpentières et parfois une mise à fruit déjà amorcée. Ces arbres sont le plus souvent vendus en pot, afin de pouvoir être déplacés et commercialisés facilement.
Ce type d’arbre est souvent choisi pour son aspect visuel et pour l’impression de maturité qu’il dégage. Cependant, le système racinaire a grandi dans un volume limité, ce qui peut entraîner un déséquilibre entre les racines et la partie aérienne. Lors de la plantation, l’arbre doit alors s’adapter à un nouvel environnement, ce qui peut provoquer un stress important et ralentir sa reprise.
De plus, la forme de l’arbre étant déjà définie, les possibilités de conduite et de correction sont plus limitées que sur un jeune arbre.
Croissance et vigueur : mythe et réalité sur le “gain de temps”
L’un des arguments souvent avancés en faveur des arbres déjà formés est l’idée d’un gain de temps : un arbre plus grand serait plus vigoureux et atteindrait plus rapidement sa taille adulte. Dans les faits, cette perception mérite d’être nuancée.
Croissance d’un jeune arbre
Après une bonne reprise et des soins adaptés (eau, gestion de l’herbe et fumure) un jeune arbre fruitier entre normalement dans une phase de croissance rapide. Ayant construit son système racinaire directement dans le sol du jardin, il dispose de bases solides pour développer sa partie aérienne. Dans ces conditions, le jeune arbre rattrape rapidement, et dépasse, un arbre plus âgé en quelques années.
Cette vigueur s’explique par un stress antérieur moindre et par une architecture racinaire adaptée au sol. La croissance est régulière, avec une ramification naturelle et progressive, ce qui facilite ensuite la mise en place de charpentières ou de branches fruitières en fonction de la forme choisie.
Croissance d’un arbre déjà formé
Chez un arbre déjà formé, la croissance après plantation est souvent moins régulière. L’arbre consacre une partie importante de ses ressources à la réorganisation de son système racinaire, souvent chignonné . Cette phase peut durer un à plusieurs années selon les conditions de plantation et la nature du sol.
Il arrive fréquemment que l’arbre marque un temps d’arrêt, donnant l’impression qu’il “stagne”.
En pratique, le gain de temps attendu avec un arbre déjà formé est souvent illusoire.
Mise à fruit : produit on vraiment plus vite avec un arbre formé ?
L’un des arguments souvent avancés pour planter un arbre déjà formé est la rapidité de production. Voyons ce qu’il en est dans la pratique.
Jeune arbre fruitier
Un jeune arbre bichonné peut fructifier dès la deuxième ou troisième année, selon l’espèce et les conditions de culture. La croissance régulière, l’équilibre racines/branches et un mode de conduite adaptée à la variété, permettent une mise à fruit progressive . Voici des exemples de fructifications importante dès la 2e année d’arbres achetés à la pépinière par des jardiniers amateurs.
Arbre fruitier déjà formé
L’arbre déjà formé peut sembler productif immédiatement. En effet il porte peut-être même des fruits lors de l’achat. La partie aérienne “développée” consomme alors beaucoup d’énergie, alors que le système racinaire doit encore s’adapter. Cette “mise à fruit rapide” se traduit souvent par un ralentissement une fois l’arbre en pleine terre qui va peiner à la reprise.
Taille et conduite : construire l’arbre ou s’adapter à une forme imposée
La manière dont un arbre est formé dès ses premières années influence directement l’architecture de l’arbre, la facilité de taille et la régularité de la mise à fruit.
Jeune arbre fruitier
Un jeune arbre permet de définir la forme dès le départ en fonction de l’espèce et de la conduite souhaité (axe, gobelet…).
Arbre fruitier déjà formé
Un arbre déjà formé impose souvent une architecture préexistante. Les possibilités de correction sont impactantes (gestion de gourmands notamment) et font perdre du temps pour reformer l’arbre à votre convenance. Les conduites des arbres déjà formés sont la plupart du temps assez peu pertinentes (je parle d’un point de vue d’arboriculteur).
En pratique, la taille et la conduite d’un jeune arbre sont plus simples, et permettent un développement plus harmonieux de l’arbre pour sa vie future.
Est-ce difficile de former un jeune arbre ?
Non il est facile de former un jeune arbre. Pour une conduite en axe, il n’y rien à faire mis à part prévoir un grand tuteur (2m à 2,5m) et enlever les branches basses (<80cm), ou trop concurrentes de l’axe principal.
Pour former un arbre en gobelet, il suffit de couper l’arbre à la hauteur où vous souhaitez que les charpentières démarrent et enlever les branches basses qui pourraient entrer en concurrence avec les futures charpentières.
Si vous souhaitez approfondir les connaissances sur la taille de formation des arbres fruitiers je propose des formations sur ce sujet dans la rubrique stage des arbres fruitiers.
L’avis du producteur : ce que montre l’expérience de terrain
En tant que producteur de fruits bio, ayant planté un verger de zéro avec des scions racines nues (jeunes arbres) produits à la pépinière, je confirme qu’un jeune arbre peut très vite pousser si on s’en occupe bien (gestion de l’herbe, arrosage et nutrition). La mise à fruit est alors rapide dans la mesure où l’on adopte des conduites (formes) en adéquation avec l’espèce et la variété. D’ailleurs tous les arboriculteurs professionnels plantent de jeunes arbres racines nues.
De plus en tant que producteur d’arbre fruitiers et pépiniériste, beaucoup de clients viennent vers moi car ils ont testés la plantation d’arbres en pots plus âgés et ont constatés une mauvaise reprise. Ils se tournent maintenant vers la plantation de jeune plants racines nues. C’est également un mode plus économique car moins cher que du plant plus âgé en pot.
Conclusion
Le choix entre un jeune arbre et un arbre déjà formé ne doit pas se faire sur l’apparence, mais sur le fonctionnement de l’arbre à long terme. L’expérience montre qu’un jeune arbre planté à racines nues reprend mieux, s’adapte plus facilement à son sol et construit une structure durable et équilibrée.
Avec un minimum d’accompagnement les premières années, il rattrape rapidement un arbre plus âgé, tout en offrant une meilleure maîtrise de la forme et de la production. Planter jeune, c’est faire un choix cohérent et durable pour l’avenir du verger.

